Les appareils de prise de vues
Ils descendent de l'antique chambre noire, en italien camera oscura, d'où a été tiré le mot caméra. En français, ce vocable est aujourdhui réservé aux appareils d'enregistrement des images en mouvement, alors qu'en anglais le terme désigne également les appareils photographiques.
La caméra combine trois dispositifs: une chambre noire photographique – elle n'est en effet rien d'autre qu'un appareil photographique capable d'enregistrer très rapidement une longue suite d'images; une bande perforée recouverte d'une couche sensible qui défile dans un couloir; une griffe permettant l'avance intermittente du film (invention des frères Lumière).
Le mécanisme Pour que la caméra puisse enregistrer les phases successives du mouvement, il faut que l'image fournie par l'objectif tout au long d'une prise de vues soit fixée à intervalles réguliers et rapides sur la pellicule. Pour ce faire, le film est immobilisé en cadence – 24 fois par seconde – derrière l'objectif (à la projection, on peut produire des effets d'accéléré ou de ralenti en adoptant une cadence différente de celle de l'enregistrement des images). Pendant que le film est immobilisé, les rayons lumineux issus de l'objectif impressionnent la couche sensible à l'intérieur du cadre délimité par la fenêtre de prise de vues. Après cette phase d'exposition, un obturateur s'interpose entre l'objectif et le film, qui avance alors, grâce au dispositif de la griffe, de la longueur requise pour que les images enregistrées ne se chevauchent pas.
Le film vierge provient de la bobine débitrice et, après avoir été impressionné, s'enroule sur la bobine réceptrice. Dans les caméras adaptées aux pellicules de 35 mm ou de 16 mm, le film est entraîné avant et après le couloir par des débiteurs dentés tournant à vitesse constante. La traction exercée sur le film est ainsi à la fois continue et répartie sur plusieurs perforations, et la griffe n'a plus à entraîner que la faible longueur de film comprise entre les débiteurs.
À l'époque du cinéma muet, les caméras étaient entraînées à la main, l'opérateur s'efforçant de tourner la manivelle le plus régulièrement possible, au rythme d'une marche militaire. Les années 1920 ont vu les choses se compliquer: ainsi, les projectionnistes américains avaient tendance à montrer les films à une vitesse accélérée (qui pouvait aller jusqu'à 26 im/s) pour gagner le temps d'une séance supplémentaire; ce qui fait qu'au tournage, on accéléra en conséquence, pour compenser. Il n'en était pas de même en Union Soviétique, qui n'avait pas ces préoccupations commerciales. De même, en France, les normes de projection étaient, semble-t-il, à peu près respectées. Mais ce qui complique encore le problème, c'est que les vitesses de tournage et de projection étaient relativement variables pour les différentes séquences d'un film: telle scène aux déplacements rapides, par exemple, était tournée et projetée plus rapidement pour obtenir un meilleur rendu du mouvement. Ce que les historiens peuvent repérer d'après les instructions des partitions musicales d'accompagnement (au temps du muet, un orchestre ou au moins un piano jouait dans la salle pendant les projections).
Le parlant, qui exige une vitesse parfaitement constante, a généralisé l'usage des moteurs électriques. Aujourdhui, le nombre de films ne sont plus tournés à 24, mais à 25 im/s, en prévision de leur diffusion télévisée.
L'enregistrement du son
Trois grands procédés d'enregistrement et de reproduction des sons ont été utilisés par le cinéma à différentes époques: l'enregistrement phonographique sur disque; l'enregistrement photographique sur piste optique; l'enregistrement magnétique sur bande, ou sur piste couchée sur la pellicule.
L'enregistrement sur disque C'est le plus ancien; les vibrations sonores sont gravées dans les aspérités d'un sillon découpé par un stylet dans la cire, la gomme ou une matière plastique. Au début du siècle, la sensibilité des enregistreurs mécaniques est faible. Les films parlants des origines sont sonorisés en play‑back: on enregistre dabord les voix sur un disque, qui diffuse le son lorsque la scène est rejouée devant l'appareil de prise de vues. La puissance de reproduction acoustique est également assez faible, ce qui limite l'utilisation du procédé à de petites salles. Il disparaît au début des années 1930, victime de la solution plus logique du son optique.
L'enregistrement photographique Dans le procédé optique, le son lui-même est transformé en image photographique. Les vibrations sonores sont traduites en variations de tension électrique par un microphone. Après amplification, ces variations électriques sont à leur tour traduites sur une émulsion photographique selon deux procédés différents: variation d'éclairement et de temps d'exposition (procédé dit «à densité variable»); variation de surface lumineuse obtenue par un volet mécanique ou un galvanomètre à miroir (procédé dit «à densité fixe»).
Malgré sa médiocre fidélité, le son optique est aujourdhui le procédé presque exclusivement utilisé pour l'exploitation en salle. Il présente en effet des avantages du point de vue de la duplication, le tirage du son et de l'image s'effectuant conjointement dans la même tireuse et le développement ayant lieu dans la même machine. Mais au niveau de la prise de son, au moment du tournage, l'enregistrement photographique est un procédé compliqué et encombrant: il a été totalement remplacé depuis les années 1960 par le son magnétique.
L'enregistrement magnétique Inventé par le Danois Poulsen en 1898, l'enregistrement magnétique n'a été commercialisé en Allemagne et en Grande‑Bretagne qu'au cours des années 1930. Ses premières applications au cinéma datent de l'après‑guerre et ont dabord concerné le cinéma de format réduit (16 mm et 95 mm). Il accompagne le CinémaScope, avec quatre pistes magnétiques couchées sur un film à perforations carrées.
Jusqu'à la fin de la décennie 1950, le son magnétique était, malgré ses performances, à peine plus employé que les techniques conventionnelles pour l'enregistrement synchrone en extérieurs. Les magnétophones étaient lourds, leurs lampes fragiles et grosses consommatrices d'énergie. Vers 1960, tout a tout changé: les lampes à vide remplacées par des transistors, le magnétophone voyait son poids passer de 90 kg à 9 kg environ. Cette «révolution technologique» est une des causes directes de l'éclosion du cinéma‑vérité.
Les équipements électroacoustiques nécessaires à l'enregistrement et à la lecture (microphone, amplificateur, haut‑parleur) sont identiques à ceux utilisés pour le disque ou le son optique. La bande sonore est cependant constituée par un enduit d'oxyde de fer ou de chrome étendu sur un support; elle défile dans l'entrefer d'un électroaimant, la tête magnétique. Selon ce procédé, le son est immédiatement audible; il est également effaçable. Les performances du son magnétique sont bien supérieures à celles du son photographique. Son coût de revient est malheureusement élevé, car il suppose une manipulation supplémentaire de la bande optique‑image, sur laquelle il faut déposer les pistes magnétiques. Bien que de qualité fort supérieure au son optique, il ne l'a pas détrôné au niveau de l'exploitation en salle.
Les effets spéciaux
Au cours des années 1970 et 1980, le spectaculaire développement des cinémas fantastique, d'épouvante et de science‑fiction a mis en avant les possibilités remarquables des trucages et autres effets spéciaux.
On distingue habituellement ces derniers en fonction des techniques qui permettent de les produire: dispositifs spéciaux sur les lieux de tournage, manipulations de caméra au moment de la prise de vues, travail de développement en laboratoire. Sur les lieux de tournage, les effets spéciaux sont obtenus par l'utilisation de décors (trompe‑lœil), de maquettes de différentes tailles, de vitres et de miroirs. L'une des techniques les plus connues est celle de la transparence, qui permet de filmer des comédiens en studio pendant que défile derrière eux un décor animé préalablement enregistré. Les principaux trucages à la prise de vues consistent en effets de ralenti ou d'accéléré, en inversions de mouvement (un lâcher de grains de riz depuis un hélicoptère simule un envol de sauterelles, par exemple), en surimpressions d'images (qui permettent aussi de créer l'illusion de dédoublement d'un personnage lorsque celui-ci joue devant un fond noir qui, ne renvoyant pas la lumière, laisse à son emplacement le film vierge et disponible pour une nouvelle impression), en effets de perspective (qui donnent l'illusion de personnes ou d'objets de tailles très différentes). En laboratoire, on obtient toute une gamme d'effets grâce à une tireuse optique spéciale, la Truca, qui permet la duplication partielle d'une bande sur une autre. La technique la plus utilisée est celle du cache‑contre‑cache, où l'on masque sélectivement une partie de l'image afin de dégager un espace pour la surimpression d'un nouvel élément visuel.